Introduction : Un changement de paradigme énergétique
La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) est depuis plus d’un siècle synonyme de réserves fossiles. Des champs pétrolifères de Ghawar en Arabie Saoudite aux gisements gaziers du North Dome au Qatar, l’économie mondiale a été façonnée par les hydrocarbures de cette zone. Cependant, un virage historique est en cours. Sous la pression de la diversification économique, de la sécurité énergétique et de l’urgence climatique, les nations de la MENA se transforment en leaders mondiaux des énergies renouvelables. Ce mouvement, loin d’être un simple complément, représente une refondation stratégique de leur avenir énergétique et économique.
Le contexte historique et les moteurs de la transition
La dépendance aux hydrocarbures a exposé les économies de la région aux cycles de volatilité des prix, comme lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Des initiatives pionnières, comme la centrale solaire thermodynamique de Luz en Californie (développée par l’Israélien Arnold Goldman), ont montré la voie dès les années 1980. Aujourd’hui, les moteurs sont multiples : répondre à une demande électrique en explosion (+6% par an dans certains pays), libérer du pétrole et du gaz pour l’exportation, créer des emplois pour des populations jeunes, et honorer les engagements climatiques comme l’Accord de Paris de 2015. Des stratégies nationales ambitieuses ont été lancées, telles que Vision 2030 de l’Arabie Saoudite et la Stratégie Énergétique Nationale 2030 des Émirats Arabes Unis.
La pression hydrique et énergétique
La région MENA est l’une des plus arides du globe. Le dessalement de l’eau de mer, processus extrêmement énergivore, est vital pour des pays comme le Koweït, Qatar et les Émirats Arabes Unis. Coupler les usines de dessalement avec des fermes solaires ou éoliennes, comme le projet Umm Al Quwain aux ÉAU, réduit l’empreinte carbone de cette nécessité absolue.
L’énergie solaire : Le lever du soleil sur une nouvelle puissance
Avec un Global Horizontal Irradiation (GHI) parmi les plus élevés au monde, le potentiel solaire de la MENA est phénoménal. Le désert du Sahara en Algérie ou le Rub al-Khali en Arabie Saoudite reçoivent des radiations solaires capables de couvrir plusieurs fois la demande énergétique mondiale. Deux technologies principales sont déployées.
Le photovoltaïque (PV) à grande échelle
Les parcs solaires photovoltaïques connaissent une croissance exponentielle. Le complexe Noor Abu Dhabi aux ÉAU, d’une capacité de 1.17 GW, a détenu le titre de plus grande centrale PV au monde lors de son inauguration en 2019. Il a été rapidement dépassé par le parc de Benban en Égypte (1.8 GW), financé en partie par la Banque Mondiale et la Société Financière Internationale. L’Arabie Saoudite développe l’immense projet Al Shuaibah (2.06 GW) et vise 40 GW de capacité PV d’ici 2030. Le Maroc, bien que riche en éolien, accueille également la grande centrale PV de Noor Ouarzazate IV (72 MW).
Le solaire à concentration (CSP)
Le solaire thermodynamique à concentration, qui utilise des miroirs pour chauffer un fluide et actionner une turbine, a l’avantage de pouvoir stocker l’énergie thermique pour produire de l’électricité après le coucher du soleil. Le complexe marocain Noor Ouarzazate (580 MW), utilisant les technologies tour et parabolique, est un fleuron mondial. D’autres projets notables incluent DEWA IV (950 MW) dans le parc solaire Mohammed bin Rashid Al Maktoum à Dubaï, qui détient le record de la tour solaire la plus haute au monde.
L’énergie éolienne : Harponner les vents du changement
Les régions côtières de l’Atlantique, de la Mer Rouge et du Golfe présentent des ressources éoliennes exceptionnelles, particulièrement pour l’éolien terrestre.
Les leaders régionaux de l’éolien
Le Maroc est un pionnier avec le parc de Tarfaya (301 MW), longtemps le plus grand d’Afrique, et ceux de Midelt et Jbel Lahdid. L’Égypte a réalisé un bond spectaculaire avec le parc éolien du Golfe de Suez, un ensemble de fermes dont Ras Ghareb (262.5 MW) et le futur projet de Gebel El Zeit. La Jordan a développé les parcs de Tafila (117 MW) et Fujeij. Même l’Arabie Saoudite mise sur l’éolien avec le projet Dumat Al Jandal (400 MW), le premier et le plus grand du royaume, développé par des consortiums incluant EDF Renouvelables et Abu Dhabi Future Energy Company (Masdar).
L’éolien offshore : un potentiel futur
L’éolien en mer est encore embryonnaire mais prometteur. Des études sont en cours en Égypte, en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis. Les défis techniques (fondations, maintenance en environnement corrosif) et les coûts initiaux sont plus élevés, mais le potentiel de production régulière est immense.
Les technologies émergentes et le pilier du stockage
L’intermittence du solaire et de l’éolien nécessite des solutions de stockage pour assurer la stabilité du réseau. La région investit massivement dans ce domaine crucial.
Le stockage par batteries
Les projets solaires et éoliens intègrent de plus en plus de systèmes de batteries lithium-ion. Le parc Mohammed bin Rashid Al Maktoum à Dubaï inclut un projet de stockage de 250 MWh. L’Arabie Saoudite prévoit d’énormes capacités de stockage pour accompagner ses projets NEOM et Red Sea Project.
L’hydrogène vert : Le futur carburant d’exportation ?
Produit par électrolyse de l’eau en utilisant de l’électricité renouvelable, l’hydrogène vert est considéré comme le chaînon manquant pour décarboner l’industrie lourde et le transport longue distance. La MENA aspire à devenir un exportateur majeur. Des méga-projets phares émergent : NEOM en Arabie Saoudite (en partenariat avec Air Products et ACWA Power) vise 1.2 million de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030. Le Sultanat d’Oman a lancé plusieurs projets avec BP et InterContinental Energy. Le Maroc développe un cluster d’hydrogène vert à Guelmim-Oued Noun, et l’Égypte a signé des protocoles d’accord avec Siemens Energy et DEME.
Autres innovations
L’énergie géothermique est explorée dans la vallée du rift en Jordanie (projet de Al Ain Al Bayda). L’énergie des vagues et marémotrice est étudiée au Koweït et aux Émirats Arabes Unis. La capture, utilisation et stockage du carbone (CCUS) est également développée, notamment par Saudi Aramco et ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), pour décarboner la production d’hydrocarbures en attendant une transition complète.
Les acteurs clés : gouvernements, fonds souverains et coopération internationale
Cette transition est portée par une alliance d’acteurs publics et privés. Les fonds souverains jouent un rôle capital : le Public Investment Fund (PIF) saoudien, Mubadala et ADQ aux ÉAU, le Fonds d’Investissement Direct égyptien. Des développeurs énergétiques régionaux sont devenus des géants mondiaux : ACWA Power (Arabie Saoudite), Masdar (ÉAU), et AMEA Power (Dubaï). La coopération internationale est vitale, avec le soutien financier et technique d’institutions comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI), l’Agence Française de Développement (AFD), et l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA).
Les défis à surmonter
Le chemin vers un système énergétique durable n’est pas sans obstacles.
Défis techniques et économiques
L’intégration massive d’énergies variables dans des réseaux électriques parfois fragiles nécessite des investissements lourds dans les smart grids, le stockage et l’interconnexion régionale. Les projets nécessitent des capitaux initiaux importants, même si le coût nivelé de l’énergie (LCOE) du solaire et de l’éolien est désormais compétitif.
Défis politiques et sociaux
La réduction des subventions aux combustibles fossiles, politiquement sensible, est nécessaire pour rendre les renouvelables encore plus attractives. Le développement des compétences locales et la création d’une chaîne d’approvisionnement industrielle régionale sont des enjeux majeurs pour une transition juste et créatrice d’emplois.
Défis environnementaux locaux
L’installation de vastes centrales dans des écosystèmes désertiques fragiles doit être gérée avec soin (impact sur la faune, consommation d’eau pour le nettoyage des panneaux, modification de l’albédo).
Tableau comparatif des objectifs renouvelables majeurs dans la région MENA (à horizon 2030-2035)
| Pays | Stratégie/Initiative | Objectif de capacité renouvelable | Projets phares (exemples) |
|---|---|---|---|
| Arabie Saoudite | Vision 2030 / National Renewable Energy Program (NREP) | 50% de l’électricité depuis des énergies renouvelables d’ici 2030 | NEOM, Al Shuaibah PV, Dumat Al Jandal (éolien), centrale solaire Sudair |
| Émirats Arabes Unis | UAE Energy Strategy 2050 | 50% de l’énergie depuis des sources propres (dont nucléaire) d’ici 2050 | Parc Mohammed bin Rashid Al Maktoum (5 GW d’ici 2030), Barakah (nucléaire), projets hydrogène vert |
| Maroc | Stratégie Énergétique Nationale | 52% de capacité installée en renouvelables d’ici 2030 | Complexe Noor Ouarzazate (CSP/PV), parcs éoliens de Tarfaya et Midelt |
| Égypte | Integrated Sustainable Energy Strategy (ISES) 2035 | 42% de la production électrique depuis les renouvelables d’ici 2035 | Parc solaire de Benban, parc éolien du Golfe de Suez, projets hydrogène vert à Ain Sokhna |
| Oman | Oman Vision 2040 | 30% d’électricité depuis les renouvelables d’ici 2030, 35-39% d’ici 2040 | Centrale solaire d’Ibri, projets hydrogène vert à Duqm et Salalah |
| Jordanie | Energy Strategy 2020-2030 | 31% de la production électrique depuis les renouvelables d’ici 2030 | Parcs éoliens de Tafila et Fujeij, projets solaires de Shams Ma’an et Baynouna |
| Israël | Objectifs gouvernementaux | 30% d’électricité depuis les renouvelables d’ici 2030 | Centrales solaires dans le Néguev (Ashalim), développement de l’énergie solaire thermodynamique et photovoltaïque |
L’impact géopolitique et la coopération régionale
La transition énergétique redessine la carte géopolitique régionale. Les interconnexions électriques, comme celle entre l’Égypte et l’Arabie Saoudite, ou le projet GCCIA (Gulf Cooperation Council Interconnection Authority), permettent d’exporter l’électricité verte. Des initiatives comme l’Initiative verte saoudienne et l’Initiative verte du Moyen-Orient positionnent les pays du Golfe comme acteurs du climat. Des partenariats inédits voient le jour, par exemple entre Masdar (ÉAU) et les autorités énergétiques de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et de la Jordanie pour développer des projets communs.
FAQ
Question : Pourquoi les pays du Golfe, riches en pétrole, investissent-ils autant dans les renouvelables ?
Réponse : Pour trois raisons principales : 1) Diversification économique : Réduire la dépendance aux revenus pétroliers volatils. 2) Optimisation des ressources : Utiliser le solaire/éolien pour la consommation domestique permet d’exporter davantage de pétrole et de gaz, plus lucratifs. 3) Leadership futur : Se positionner comme leaders technologiques et fournisseurs d’énergie propre (hydrogène vert, électricité) pour l’après-pétrole.
Question : Le Maroc et l’Égypte peuvent-ils devenir des exportateurs d’électricité verte vers l’Europe ?
Réponse : C’est un objectif stratégique pour ces deux pays. Le Maroc est déjà interconnecté à l’Espagne via deux lignes sous le détroit de Gibraltar. Des projets d’augmentation de capacité et de nouvelles interconnexions (comme le projet Xlinks visant à relier le Maroc au Royaume-Uni) sont à l’étude. L’Égypte, avec son immense potentiel, pourrait à terme exporter via des interconnexions avec Chypre, la Grèce, ou via des vecteurs comme l’hydrogène vert liquéfié.
Question : Quels sont les risques environnementaux des méga-centrales solaires dans le désert ?
Réponse : Les risques incluent la perturbation des écosystèmes désertiques fragiles, l’impact sur les espèces animales (oiseaux migrateurs, reptiles), la consommation d’eau (souvent issue de nappes fossiles) pour le nettoyage des panneaux, et la modification locale du microclimat (albédo). Une planification rigoureuse, des études d’impact environnemental et l’utilisation de technologies de nettoyage à sec ou à vapeur minimisent ces impacts.
Question : L’hydrogène vert est-il vraiment « l’avenir » pour la région MENA ?
Réponse : L’hydrogène vert représente une opportunité stratégique majeure, mais pas une garantie. La région a des atouts décisifs : un immense potentiel solaire/éolien à très bas coût, de vastes terrains plats, une expertise en gestion de projets énergétiques complexes, et des infrastructures portuaires existantes. Le succès dépendra de la baisse rapide du coût de l’électrolyse, du développement d’un marché mondial de l’hydrogène et de la capacité à attirer les investissements nécessaires. C’est un pari sur l’avenir, mais très sérieux.
ÉDITÉ PAR L’ÉQUIPE RÉDACTIONNELLE
Ce rapport de renseignement est rédigé et produit par Intelligence Equalization. Il est vérifié par notre équipe mondiale sous la supervision de partenaires de recherche japonais et américains.
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