Déforestation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : causes, impacts et solutions

Introduction : Un paysage en mutation

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) est souvent perçue comme un espace principalement désertique. Pourtant, elle abrite des écosystèmes forestiers et boisés uniques et vitaux, des cèdres mythiques du Liban aux forêts d’arganiers du Maroc, en passant par les oliveraies anciennes de Palestine et les forêts de genévriers de l’Arabie saoudite. La déforestation, définie comme la conversion permanente des terres forestières à d’autres usages, y est un phénomène ancien et accéléré, avec des conséquences profondes pour la sécurité hydrique, alimentaire et la stabilité sociale. Cet article examine les moteurs complexes de cette perte, son ampleur mesurée par des institutions comme la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), et les stratégies innovantes mises en œuvre pour y remédier.

Contexte historique et patrimoine forestier régional

Les paysages de la MENA portent les stigmates de millénaires d’activité humaine. Des civilisations telles que les Phéniciens, les Mésopotamiens et les Égyptiens de l’Antiquité ont largement utilisé le bois pour la construction navale, l’architecture et comme source d’énergie. La célèbre forêt de cèdres du Liban, mentionnée dans l’épopée de Gilgamesh et dans la Bible, en est un symbole puissant. Au fil des siècles, les empires Romain, Byzantin et Ottoman ont poursuivi cette exploitation. Le XXe siècle a introduit des pressions nouvelles avec la croissance démographique, l’urbanisation rapide et les politiques agricoles modernes. Aujourd’hui, les forêts couvrent moins de 2% de la superficie terrestre de la région arabe selon la Ligue arabe, contre une moyenne mondiale d’environ 31%.

Écosystèmes forestiers clés de la région MENA

La région ne se limite pas aux forêts denses. Elle comprend des formations boisées cruciales :

  • Forêts de conifères des zones montagneuses : Cèdres du Liban (Cedrus libani) dans les montagnes du Liban et de l’Anti-Liban, pins d’Alep (Pinus halepensis) en Algérie, Tunisie, Syrie et Jordanie.
  • Forêts d’arbres à feuilles caduques : Chênes (Quercus spp.) en Turquie (partie anatolienne), Iran, et dans certaines zones du Maroc.
  • Formations arborées arides et semi-arides : Forêts d’arganiers (endémiques du Maroc, classées Réserve de Biosphère de l’UNESCO), de jujubiers, et d’acacias dans les Émirats arabes unis, Oman et Yémen.
  • Agro-forêts et systèmes oasiens : Palmeraies datières du Maroc, de l’Égypte (vallée du Nil) et de l’Irak, et oliveraies millénaires.

Les causes principales de la déforestation et de la dégradation des forêts

Les facteurs de déforestation en MENA sont intimement liés aux défis géopolitiques, économiques et climatiques de la région.

Expansion agricole et surexploitation des ressources en eau

L’agriculture irriguée est le principal moteur de la conversion des terres. Des projets d’irrigation à grande échelle, souvent basés sur le pompage d’eaux souterraines non renouvelables, transforment les zones boisées ou les steppes en champs. L’Initiative anatolienne du Sud-Est (GAP) en Turquie a eu des impacts sur les écosystèmes en aval en Syrie et en Irak. La culture intensive sous serre en Arabie saoudite (dans la région d’Al-Jouf) ou en Jordanie (vallée du Jourdain) consomme d’énormes quantités d’eau. L’élevage extensif, notamment le surpâturage par les caprins et les ovins, empêche la régénération naturelle des forêts, comme observé dans les Montagnes du Rif au Maroc ou dans les hauts plateaux de l’Atlas.

Exploitation non durable du bois et collecte de bois de chauffage

Dans de nombreuses zones rurales et parmi les populations déplacées, le bois reste la source principale d’énergie pour la cuisson et le chauffage. Les crises humanitaires, comme celles en Syrie ou au Yémen, ont exacerbé cette pression. Les camps de réfugiés, tels que ceux de Zaatari en Jordanie, ont généré une demande locale massive. L’exploitation illégale du bois, souvent pour le commerce de charbon de bois ou de bois de construction, sévit dans des zones comme la forêt de Mamoura au Maroc ou certaines forêts du Soudan.

Croissance urbaine, infrastructures et conflits armés

L’urbanisation galopante de villes comme Casablanca, Alger, Le Caire, Beyrouth ou Dubaï grignote les périphéries boisées. La construction de réseaux routiers, de barrages (comme le barrage de Julfs en Algérie) et de complexes touristiques (sur les côtes de la Mer Rouge en Égypte ou de la Méditerranée en Tunisie) fragmentent les habitats. Les conflits ont un impact dévastateur direct : utilisation militaire des forêts, coupe pour financer les conflits, et déplacement de populations qui survivent en exploitant les ressources forestières, comme observé durant les guerres en Irak, en Syrie et au Libye.

Changements climatiques et désertification

La région MENA est un point chaud du changement climatique. L’augmentation des températures, la baisse des précipitations et la fréquence accrue des sécheresses, comme la sécheresse historique de 2007-2010 en Syrie, stressent les arbres et les rendent plus vulnérables aux incendies et aux ravageurs. La désertification, accélérée par la perte du couvert végétal, crée un cercle vicieux de dégradation des terres. La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) suit de près ces phénomènes dans la région.

Taux et données régionales : une analyse comparative

Les données de la FAO dans son Évaluation des ressources forestières mondiales (FRA 2020) offrent un aperçu quantitatif. Il est crucial de noter que les taux nets de perte forestière masquent souvent une dégradation sévère. Les forêts denses primaires sont extrêmement rares.

Pays/Région Superficie forestière (1000 ha) – Tendances récentes Principaux facteurs de perte Initiatives de reboisement notables
Soudan Perte nette significative (l’un des plus élevés en Afrique). Conversion agricole, bois de chauffage, conflits dans des régions comme le Darfour. Projet de la Ceinture verte de Khartoum (ambitieux mais limité).
Maroc Relativement stable grâce aux programmes de reboisement, mais dégradation persistante. Surpâturage, sécheresses, pression sur l’arganeraie. Plan Maroc Vert, programme de reboisement intensif « Forêts du Maroc 2020-2030 ».
Algérie Lente expansion des surfaces forestières via le barrage vert et autres projets. Incendies de forêt (comme dans la région de Béjaïa en 2021), urbanisation. Barrage Vert historique (1970s), projets soutenus par la Banque mondiale.
Iran Déclin des forêts du nord (forêts hyrcaniennes, site UNESCO) et des forêts de chênes de l’ouest. Exploitation illégale, expansion des terres agricoles, sécheresse. Programmes communautaires de gestion forestière, projets de la FAO.
Liban Forêts très fragmentées, couvert en déclin depuis des siècles, stabilisation récente difficile. Développement urbain, incendies, exploitation passée. Campagnes nationales de reboisement (Jouzour Loubnan), protection des cèdres (Forêt des Cèdres de Dieu).
Arabie Saoudite Très faible couvert forestier naturel, mais expansion des plantations urbaines et agricoles. Pression pastorale, conditions arides extrêmes. Initiative Saudi Green Initiative visant à planter des milliards d’arbres.
Émirats Arabes Unis Couvert forestier naturel négligeable, mais vastes plantations de mangroves et urbaines. Développement côtier. Projets de conservation des mangroves (Abu Dhabi), plantation d’espèces tolérantes à la salinité.

Conséquences environnementales et écologiques

La perte des couverts boisés a des répercussions en cascade sur des écosystèmes déjà fragiles.

Perte de biodiversité et d’habitats endémiques

La région MENA abrite des points chauds de biodiversité comme le Bassin méditerranéen et les Forêts hyrcaniennes. La déforestation menace des espèces emblématiques telles que le singe Magot au Maroc et en Algérie, le Léopard de Perse en Iran, le Cèdre du Liban lui-même, et une multitude de plantes médicinales. La fragmentation des habitats isole les populations et réduit leur résilience génétique.

Accélération de l’érosion des sols et désertification

Les racines des arbres stabilisent les sols, notamment sur les pentes des montagnes de l’Atlas, du Haut Atlas, du Zagros en Iran et des collines de Palestine. Leur disparition entraîne une érosion accrue, réduisant la fertilité des terres agricoles en aval et engendrant des phénomènes de sédimentation dans les barrages, comme le barrage Mohammed V au Maroc. La désertification gagne du terrain, réduisant la productivité des terres.

Perturbation du cycle de l’eau et sécurité hydrique

Les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation du cycle hydrologique : elles améliorent l’infiltration des eaux de pluie, rechargent les nappes phréatiques et réduisent le ruissellement brutal. Leur disparition aggrave la rareté de l’eau, défi majeur pour des pays comme la Jordanie, l’Égypte ou le Yémen. Elle augmente également les risques d’inondations soudaines lors de pluies intenses, phénomène de plus en plus fréquent avec le changement climatique.

Aggravation du changement climatique (émissions et vulnérabilité)

Les forêts sont des puits de carbone. Leur destruction libère du dioxyde de carbone stocké dans la biomasse et les sols. Inversement, la perte de couvert forestier réduit la capacité de la région à séquestrer le carbone. De plus, l’effet de refroidissement local par évapotranspiration est perdu, contribuant à l’effet d’îlot de chaleur urbain et rendant les populations plus vulnérables aux vagues de chaleur.

Impacts socio-économiques et culturels

Les arbres et les forêts sont profondément enracinés dans les économies et les cultures locales.

Menaces sur les moyens de subsistance ruraux et les savoirs traditionnels

Des millions de personnes dépendent des forêts pour des produits non ligneux : huile d’argan (coopératives féminines au Maroc), miel (forêts de Tlemcen en Algérie), plantes aromatiques et médicinales (thym, origan), liège (en Algérie et Tunisie). La déforestation appauvrit les communautés et entraîne l’exode rural vers des villes déjà saturées comme Alger ou Le Caire.

Insécurité alimentaire et perte de services écosystémiques

Les forêts fournissent des services de pollinisation essentiels à l’agriculture. Leur déclin menace la production de fruits et légumes. Les systèmes agroforestiers, comme les oliveraies palestiniennes autour de Jénine ou de Hébron, sont souvent ciblés par la destruction, affectant directement la souveraineté alimentaire.

Patrimoine culturel et identité nationale en péril

Le Cèdre du Liban est un symbole national présent sur le drapeau. L’arganier est un pilier de la culture amazighe du sud du Maroc. Les oliviers millénaires en Palestine et dans tout le bassin méditerranéen sont des témoins vivants de l’histoire. Leur disparition est une perte culturelle irréparable, affectant le tourisme et le sentiment d’appartenance.

Solutions et initiatives de restauration en cours

Face à ces défis, des actions multiformes sont déployées aux niveaux local, national et international.

Politiques nationales et engagements internationaux

De nombreux pays ont intégré la lutte contre la déforestation dans leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN) dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. L’Initiative saoudienne verte et l’Initiative du Moyen-Orient verte visent à planter des dizaines de milliards d’arbres. Le Maroc a lancé un vaste programme stratégique « Forêts du Maroc 2020-2030 » avec un budget de 3 milliards de dollars. La Turquie mène des campagnes de reboisement massives, bien que parfois critiquées pour le choix des espèces.

Gestion communautaire et agroforesterie

Impliquer les populations locales est clé. Les coopératives d’huile d’argan au Maroc valorisent économiquement la forêt et incitent à sa protection. En Tunisie, des projets de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) promeuvent la gestion participative. L’agroforesterie, qui associe arbres et cultures (comme les oliviers avec des céréales), améliore la résilience des fermes, comme le démontre le travail de l’Organisation Arabe pour le Développement Agricole (OADA).

Technologies innovantes et surveillance

L’utilisation de l’imagerie satellitaire (programmes Copernicus de l’Union Européenne, NASA) permet un suivi en temps réel de la déforestation. Des ONG comme Global Forest Watch rendent ces données accessibles. Des techniques d’irrigation goutte-à-goutte et de collecte de rosée sont testées en Israël et dans les Émirats arabes unis pour les projets de reboisement en zones arides. La recherche sur des espèces résistantes à la sécheresse est menée dans des institutions comme l’ICARDA (Centre International de Recherche Agricole dans les Zones Sèches).

Conservation et aires protégées

L’extension et la gestion efficace des aires protégées sont vitales. On peut citer le Parc national de Tazekka au Maroc, le Parc national de Belezma en Algérie, la Réserve de biosphère des cèdres du Chouf au Liban, et le Parc national de Kavir en Iran. La reconnaissance par l’UNESCO des forêts hyrcaniennes et de l’arganeraie comme sites patrimoniaux aide à leur protection.

Études de cas : succès et défis persistants

Le Barrage Vert algérien : une ambition confrontée aux réalités

Lancé dans les années 1970, ce projet pharaonique visait à créer une ceinture verte de 3 millions d’hectares sur 1 500 km pour stopper l’avancée du désert du Sahara. Si des millions d’arbres (principalement des pins d’Alep) ont été plantés, le taux de survie a souvent été faible en raison de la sécheresse, du manque d’entretien et du pâturage. Le projet a évolué vers une approche plus intégrée de développement rural, avec des leçons précieuses pour les méga-projets de reboisement.

La renaissance des cèdres du Liban : un effort national

Face au déclin historique, des efforts concertés sont menés par le ministère de l’Agriculture, des municipalités et des ONG comme Jouzour Loubnan et AFDC (Association pour les Forêts, le Développement et la Conservation). Des pépinières produisent des plants de cèdre issus de graines locales, et des campagnes de plantation annuelles impliquent des volontaires. La protection contre les incendies et le pâturage reste un défi constant dans un contexte de tensions socio-économiques.

Les mangroves des Émirats Arabes Unis : un reboisement stratégique

Les Émirats, notamment Abu Dhabi à travers l’Agence pour l’Environnement d’Abu Dhabi (EAD), ont investi massivement dans la plantation de mangroves (Avicennia marina). Ces écosystèmes côtiers séquestrent jusqu’à quatre fois plus de carbone que les forêts tropicales, protègent les côtes de l’érosion et servent de nurseries pour les poissons. Ce projet démontre l’adaptation du reboisement aux conditions écologiques locales extrêmes.

FAQ

Quel est le pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui perd le plus de forêts actuellement ?

Selon les données de la FAO, le Soudan enregistre l’un des taux de perte nette de forêts les plus élevés de la région, principalement en raison de l’expansion agricole, de la demande en bois de chauffage et de l’impact des conflits dans des régions comme le Darfour. Cependant, la dégradation des forêts (perte de santé et de densité) est un problème tout aussi grave et plus répandu dans des pays comme l’Algérie, le Maroc, la Syrie et l’Iran.

Pourquoi la déforestation est-elle un problème en région aride où il y a peu de forêts ?

Précisément parce que les forêts et les formations boisées y sont rares, elles ont une valeur écologique et socio-économique disproportionnée. Elles constituent des refuges de biodiversité uniques, protègent les sols fragiles contre l’érosion, jouent un rôle crucial dans la recharge des nappes d’eau souterraines et soutiennent les moyens de subsistance de communautés rurales vulnérables. Leur perte est souvent irréversible dans ces conditions climatiques difficiles.

Les méga-projets de plantation d’arbres (comme en Arabie Saoudite) sont-ils la solution ?

Ils peuvent être un outil parmi d’autres, mais présentent des risques s’ils ne sont pas bien conçus. Planter des milliards d’arbres dans des écosystèmes arides nécessite d’énormes quantités d’eau (souvent non renouvelable), peut menacer la biodiversité locale si des espèces exotiques sont utilisées, et peut échouer si les plants ne sont pas entretenus. La priorité doit aller à la protection et à la régénération naturelle des forêts existantes, combinée à des plantations d’espèces natives adaptées, gérées avec les communautés locales.

Comment les citoyens ordinaires de la région peuvent-ils contribuer à lutter contre la déforestation ?

Plusieurs actions sont possibles : soutenir les produits forestiers durables (huile d’argan certifiée, miel de forêt), réduire la consommation de papier et de bois, participer aux campagnes de reboisement citoyennes organisées par des ONG locales, sensibiliser son entourage à l’importance des arbres en milieu urbain et rural, et soutenir les politiques publiques en faveur de la protection des espaces boisés et d’une agriculture durable.

ÉDITÉ PAR L’ÉQUIPE RÉDACTIONNELLE

Ce rapport de renseignement est rédigé et produit par Intelligence Equalization. Il est vérifié par notre équipe mondiale sous la supervision de partenaires de recherche japonais et américains.

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